Le Code des Transports français définit le donneur d'ordres dans son Annexe IV relative au contrat type applicable au transport routier de marchandises. Selon cette réglementation, le donneur d'ordres est la personne (physique ou morale) qui demande par contrat à un transporteur d'exécuter une prestation de transport de marchandises.
Cette définition large englobe plusieurs types d'acteurs :
Le Code des Transports précise que le donneur d'ordres peut être différent de l'expéditeur ou du destinataire final. Par exemple, un commissionnaire de transport agit comme donneur d'ordres même si les marchandises appartiennent à un tiers. Cette distinction juridique détermine les responsabilités respectives des acteurs.
Le vocabulaire du transport distingue plusieurs fonctions :
Donneur d'ordres : Contracte avec le transporteur, fixe les conditions d'exécution, paie la prestation. Responsabilité juridique du contrat de transport.
Expéditeur (ou chargeur) : Remet physiquement la marchandise au transporteur. Responsable de l'emballage, du conditionnement, des informations sur la nature des biens.
Destinataire : Reçoit la marchandise à l'arrivée. Vérifie la conformité, constate les avaries éventuelles.
Transporteur : Exécute matériellement le transport avec ses moyens (véhicules, conducteurs). Responsable de la marchandise pendant le trajet selon la Convention CMR.
Commissionnaire de transport : Intermédiaire organisant le transport pour compte d'autrui. Peut être donneur d'ordres vis-à-vis des transporteurs qu'il sélectionne.
Dans la pratique, une même entité peut cumuler plusieurs rôles. Un industriel expédiant sa production depuis son usine est à la fois donneur d'ordres (il contracte avec le transporteur), expéditeur (il remet les marchandises) et propriétaire des biens transportés.
L'ordre de transport (OT) constitue le document juridique formalisant la relation donneur d'ordres-transporteur. Selon la Convention CMR (Convention relative au contrat de transport international de Marchandises par Route), l'ordre de transport doit préciser :
Le Code des Transports impose l'établissement de l'ordre de transport par écrit. La jurisprudence française reconnaît également les ordres transmis par voie électronique (EDI, email, plateformes TMS) comme juridiquement valables, à condition de pouvoir prouver leur existence et leur contenu.
Les industriels représentent une part importante des donneurs d'ordres transport. Selon l'INSEE, 31 800 entreprises exercent dans le transport routier de marchandises en 2017, travaillant avec des dizaines de milliers de donneurs d'ordres industriels.
Secteurs concernés :
Ces entreprises gèrent elles-mêmes leurs transports ou délèguent cette fonction à un service logistique interne. Elles recherchent des transporteurs répondant à leurs contraintes : délais serrés (flux tendus), spécificités techniques (température, ADR), volumes variables (saisonnalité).
La grande distribution constitue un donneur d'ordres majeur. Les enseignes alimentaires et non-alimentaires organisent quotidiennement des milliers de transports depuis leurs centrales d'achat vers leurs magasins.
Caractéristiques :
L'e-commerce a transformé le paysage des donneurs d'ordres. Les plateformes en ligne expédient directement aux consommateurs finaux (BtoC) ou via des réseaux de points relais. Cette logistique du dernier kilomètre génère des besoins spécifiques : livraisons fragmentées, retours fréquents (20-30% taux de retour e-commerce mode), créneaux horaires précis.
Le commissionnaire de transport organise le transport de marchandises pour compte d'autrui. Il agit en son nom propre mais pour le compte d'un client (l'ayant droit à la marchandise). Vis-à-vis des transporteurs qu'il sélectionne, le commissionnaire est donneur d'ordres.
Rôle du commissionnaire :
Selon l'INSEE 2017, les entreprises de transport routier pratiquent massivement la sous-traitance : les grandes entreprises sous-traitent plus de 43% des trajets à des transporteurs de plus petite taille.
Les administrations publiques, collectivités territoriales et organisations non gouvernementales agissent également comme donneurs d'ordres :
Ces donneurs d'ordres publics fonctionnent généralement par marchés publics : appels d'offres ouverts, critères de sélection définis (prix, qualité, environnement), durée contractuelle pluriannuelle (1-4 ans).
Le donneur d'ordres définit les besoins de transport en amont :
Analyse des flux : Volumes à expédier (journaliers, hebdomadaires, mensuels), destinations (locales, nationales, européennes), saisonnalité (pics d'activité prévisibles).
Choix des modes de transport : Routier (flexibilité, délais courts), ferroviaire (volumes importants, longues distances), maritime (international, délais longs), aérien (urgences, forte valeur ajoutée).
Optimisation des tournées : Groupage de plusieurs livraisons, utilisation d'outils TMS (Transport Management System) pour calculer itinéraires optimaux, réduction des kilomètres parcourus à vide.
Selon le Service de la Donnée et des Études Statistiques (SDES), l'activité intérieure de transport routier de marchandises en France s'établit à 296,6 milliards de tonnes-kilomètres en 2024 (+3,5% vs 2023). Cette activité résulte des décisions de milliers de donneurs d'ordres planifiant quotidiennement leurs expéditions.
Le donneur d'ordres choisit ses prestataires selon plusieurs critères :
Fiabilité et qualité de service : Taux de respect des délais (OTD - On Time Delivery), taux de casse/avarie, réactivité service client, capacité à gérer les urgences.
Capacité opérationnelle : Flotte de véhicules (nombre, types, âge moyen), couverture géographique, équipements spécifiques (frigo, hayon, ADR), disponibilité chauffeurs.
Conformité réglementaire : Licences de transport valides, assurances professionnelles, respect réglementation sociale (temps de conduite, repos), certifications qualité (ISO 9001).
Tarification : Prix compétitifs, transparence grilles tarifaires, absence de frais cachés, conditions de paiement (30-60-90 jours fin de mois).
Engagement environnemental : Véhicules Euro VI ou électriques/GNV, compensation carbone, optimisation taux de remplissage, label Objectif CO2 ADEME.
Une enquête AUTF-bp2r (2021) auprès de 164 donneurs d'ordres français révèle que 83% des industriels et 72% des distributeurs considèrent la relation avec les transporteurs comme le premier levier d'action pour améliorer leur performance logistique.
Le Code des Transports impose au donneur d'ordres plusieurs obligations d'information envers le transporteur :
Nature exacte de la marchandise : Description précise, codes douaniers (nomenclature NC8), déclaration matières dangereuses (codes ONU) si ADR.
Poids et dimensions : Poids réel (pas estimatif), dimensions exactes, respect limites réglementaires (44 tonnes PTRA, 2,55m largeur, 4,20m hauteur).
Conditionnement : Type d'emballage (cartons, palettes Europe/USA, big-bags), résistance gerbage, nécessité calage/arrimage spécifique.
Instructions particulières : Température requise (frigo positif/négatif), nécessité hayon élévateur, interdiction gerbages, restrictions horaires livraison.
Documents d'accompagnement : Bons de livraison, factures pro forma (export), certificats sanitaires (denrées alimentaires), certificats de conformité (équipements).
Toute information erronée ou manquante engage la responsabilité du donneur d'ordres en cas de litige. Si un poids déclaré à 15 tonnes s'avère être 18 tonnes, le transporteur peut refuser le chargement ou facturer un supplément. Si des marchandises dangereuses non déclarées provoquent un incident, le donneur d'ordres encourt des sanctions pénales.
Selon l'Annexe IV du Code des Transports (article 7.1), les opérations de chargement, calage, arrimage et sanglage de la marchandise sont exécutées par le donneur d'ordres ou son représentant, sous sa responsabilité.
Conséquences pratiques :
Dans la pratique, certains contrats de transport prévoient que le transporteur assure le chargement moyennant une prestation annexe rémunérée séparément (article L.3222-4 Code des Transports). Cette prestation doit être clairement identifiée et facturée distinctement du prix du transport.
Le donneur d'ordres est tenu de payer le transporteur conformément aux termes convenus. La Loi de Modernisation de l'Économie (LME) encadre les délais de paiement : 30 jours fin de mois maximum (45 jours date de facturation dans certains secteurs).
Pratiques de paiement : Selon l'enquête AUTF-bp2r 2021, les donneurs d'ordres ont accepté des mesures ponctuelles de soutien aux transporteurs pendant la crise COVID, représentant une hausse des coûts de transport de 1,3% en moyenne.
Le non-paiement expose le donneur d'ordres à des pénalités de retard (taux BCE + 10 points, minimum 40€ d'indemnité forfaitaire), voire à des poursuites judiciaires. Les transporteurs peuvent exercer un droit de rétention sur les marchandises tant qu'ils ne sont pas payés.
Les Transport Management Systems (TMS) équipent progressivement les donneurs d'ordres de moyenne et grande taille. Ces logiciels centralisent :
L'eCMR (lettre de voiture électronique) se développe depuis 2017, date d'entrée en vigueur du protocole additionnel à la Convention CMR autorisant la dématérialisation. Cette digitalisation réduit délais de traitement de 30-40% vs processus papier.
Les bourses de fret numériques (Trans.eu, Timocom, B2PWeb) mettent en relation donneurs d'ordres et transporteurs disponibles :
Fonctionnement : Le donneur d'ordres publie une offre de fret (origine, destination, date, poids, type marchandise). Les transporteurs consultent les offres et proposent un prix. Le donneur d'ordres sélectionne le transporteur et finalise le contrat en ligne.
Avantages : Accès à un large réseau de transporteurs (plusieurs centaines de milliers d'entreprises inscrites), comparaison tarifaire immédiate, réservation instantanée, réduction délais de recherche (heures vs jours par méthodes traditionnelles).
Limites : Nécessite vérification sérieux transporteurs (avis clients, certifications), moins adapté aux transports spécifiques (ADR, exceptionnel, frigorifique), relation commerciale plus distante qu'avec transporteurs habituels.
Les donneurs d'ordres suivent plusieurs indicateurs pour évaluer leurs opérations transport :
| KPI | Définition | Valeur cible |
|---|---|---|
| OTD (On Time Delivery) | % livraisons dans créneaux horaires convenus | >95% |
| Taux de casse/avarie | % expéditions endommagées ou perdues | <0,5% |
| Coût par tonne.km | Dépense transport / tonnes transportées / distance | Variable secteur |
| Taux de remplissage | % capacité véhicule utilisée (poids ou volume) | >80% |
| Émissions CO2 | Kg CO2 émis / tonne transportée | Réduction annuelle |
| Délai de facturation | Jours entre livraison et réception facture | <7 jours |
L'amélioration continue de ces KPI permet d'optimiser performance logistique et réduire coûts.
Le donneur d'ordres engage sa responsabilité à plusieurs niveaux :
Responsabilité contractuelle : Si les informations fournies sont erronées (poids, nature marchandise), le donneur d'ordres indemnise le transporteur des préjudices subis (refus chargement, amendes contrôle routier, accident lié à surcharge).
Responsabilité vis-à-vis des tiers : En cas d'accident impliquant un transport organisé par le donneur d'ordres, sa responsabilité peut être recherchée s'il a imposé des conditions incompatibles avec la sécurité (délais irréalistes obligeant le chauffeur à dépasser temps de conduite).
Responsabilité pénale : Le donneur d'ordres peut être poursuivi pénalement s'il incite sciemment le transporteur à commettre des infractions : dépassement temps de conduite, surcharge, non-respect repos obligatoires, transport matières dangereuses non déclarées.
Un rapport de 2010 (Claude Abraham) souligne que certains donneurs d'ordres imposent des tarifs si bas que le transporteur ne peut être rentable qu'en commettant des infractions : "le donneur d'ordres sous-traite ainsi la fraude que cette rentabilisation implique".
Depuis la Loi Savary (1982) et ses évolutions ultérieures, le donneur d'ordres peut être tenu solidairement responsable des obligations sociales et fiscales du transporteur sous-traitant dans certaines conditions :
Obligation de vigilance : Le donneur d'ordres doit vérifier que le transporteur est en règle (licences, assurances, déclarations sociales) avant de lui confier un transport.
Documents à contrôler :
Si le donneur d'ordres ne procède pas à ces vérifications et que le transporteur est en situation irrégulière (travail dissimulé, fraude sociale), le donneur d'ordres peut être condamné solidairement au paiement des cotisations sociales éludées et des amendes.
Les infractions commises par les donneurs d'ordres exposent à des sanctions :
Amendes administratives : Non-respect obligations d'information (poids, ADR), défaut documents transport, non-paiement prestations dans délais légaux.
Sanctions pénales : Incitation infractions sociales (temps conduite), complicité travail dissimulé, mise en danger vie d'autrui (imposer délais incompatibles avec sécurité).
Suspension licences : Les commissionnaires de transport peuvent voir leur inscription au registre des transporteurs suspendue ou retirée en cas de manquements graves répétés.
Responsabilité civile : Indemnisation transporteurs ou tiers pour préjudices causés (accidents, amendes, immobilisations véhicules).
L'enquête AUTF-bp2r 2021 confirme que le respect des délais constitue l'attente prioritaire des donneurs d'ordres. Dans les secteurs à flux tendus (automobile, agroalimentaire périssable), un retard de quelques heures peut paralyser une chaîne de production ou entraîner des pertes de marchandises.
Conséquences des retards :
Les transporteurs proposent désormais des créneaux de livraison de 2h (vs demi-journée traditionnelle) pour répondre à cette exigence. Les pénalités contractuelles pour retards s'échelonnent généralement de 50 à 500€ selon gravité et type de marchandise.
Les donneurs d'ordres exigent un suivi continu de leurs expéditions. La géolocalisation GPS des véhicules, couplée aux plateformes TMS, permet :
Cette traçabilité réduit de 38% les appels au service client selon des données sectorielles, les expéditeurs consultant directement la plateforme au lieu de téléphoner.
Les aléas sont fréquents en logistique (commandes de dernière minute, annulations, modifications adresse livraison). Les donneurs d'ordres apprécient les transporteurs capables d'ajuster leurs services rapidement :
Exemples de flexibilité :
L'enquête AUTF-bp2r souligne que 83% des industriels et 72% des distributeurs placent la qualité de la relation avec les transporteurs en tête de leurs priorités 2021, cette relation incluant fortement la dimension réactivité.
Le transport représente un poste de coûts significatif. Selon l'INSEE 2017, les 31 800 entreprises de transport routier génèrent 47,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires, répercuté sur les donneurs d'ordres.
Leviers d'optimisation coûts :
Cependant, l'enquête AUTF-bp2r 2021 révèle que les donneurs d'ordres n'ont pas répercuté intégralement les surcoûts COVID sur les transporteurs, privilégiant la stabilité relationnelle (hausse limitée à 1,3% alors que coûts réels supérieurs).
La décarbonation du transport constitue une priorité croissante. L'enquête AUTF-bp2r indique que 41% des distributeurs et 37% des industriels privilégient les transporteurs utilisant des véhicules à motorisations alternatives (électrique, GNV, biocarburant).
Actions RSE des donneurs d'ordres :
Ces engagements répondent à des pressions réglementaires (objectifs neutralité carbone 2050 UE) mais aussi commerciales (attentes consommateurs finaux pour produits/services écoresponsables).
La transformation digitale modifie profondément le travail des donneurs d'ordres :
Avant (années 2000-2010) : Gestion manuelle des transports, appels téléphoniques aux transporteurs, fax des ordres de transport, suivi papier CMR, saisie manuelle données facturation.
Aujourd'hui (2024) : TMS intégré à l'ERP, ordres transport générés automatiquement, envoi EDI aux transporteurs, eCMR dématérialisée, géolocalisation temps réel, factures électroniques, analytics prédictifs.
Demain (2025-2030) : Intelligence artificielle optimisant tournées en temps réel, blockchain pour traçabilité infalsifiable, véhicules autonomes réduisant coûts (mais délai mise en œuvre incertain), drones pour livraisons dernier kilomètre zones urbaines.
Les donneurs d'ordres font face à un durcissement réglementaire :
Loi Climat et Résilience (2021) : Obligation déclaration annuelle émissions CO2 pour entreprises >500 salariés, plan action réduction, reporting public.
Paquet mobilité UE (2020) : Renforcement règles détachement chauffeurs, obligation retour véhicule pays d'établissement tous les 8 semaines, impact sur organisation transports internationaux.
ZFE (Zones à Faibles Émissions) : Interdiction progressive véhicules anciens centres urbains (Crit'Air 3 à partir 2024-2025 selon agglomérations), nécessite flotte récente/alternative.
Ces évolutions obligent les donneurs d'ordres à anticiper investissements transporteurs (renouvellement flottes) et ajuster leurs schémas logistiques (hubs périurbains pour livraisons finales en véhicules propres).
Le secteur du transport routier souffre d'une pénurie structurelle de conducteurs. Selon les données sociales SDES, fin 2020 le transport routier de fret emploie 437 000 salariés dont 72% de conducteurs. Mais les difficultés de recrutement sont chroniques.
Causes :
Conséquences pour donneurs d'ordres :
Le donneur d'ordres est la personne qui contracte avec le transporteur et définit les conditions du transport. L'expéditeur est la personne qui remet physiquement la marchandise au départ. Dans de nombreux cas, donneur d'ordres et expéditeur sont la même entité (un industriel expédiant sa production). Mais ils peuvent être distincts : un commissionnaire de transport agit comme donneur d'ordres pour organiser le transport de marchandises appartenant à son client, qui reste l'expéditeur au sens de la CMR.
Oui, dans certaines conditions. Si le donneur d'ordres impose des délais ou des tarifs incompatibles avec le respect de la réglementation sociale (temps de conduite, repos obligatoires), sa responsabilité peut être engagée pour complicité d'infraction. La jurisprudence considère qu'un donneur d'ordres connaissant ou devant connaître les contraintes réglementaires ne peut imposer des conditions obligeant le transporteur à enfreindre la loi. Des sanctions pénales et des obligations de solidarité financière peuvent s'appliquer.
Selon le Code des Transports (Annexe IV article 7.1), les opérations de chargement, calage et arrimage sont exécutées par le donneur d'ordres ou son représentant sous sa responsabilité, sauf stipulation contraire. Dans la pratique, le contrat peut prévoir que le transporteur assure le chargement moyennant une prestation annexe rémunérée séparément. Cette prestation doit être distinctement identifiée et facturée en plus du prix du transport.
La sélection repose sur plusieurs critères : fiabilité (taux de respect délais), qualité de service (état véhicules, professionnalisme chauffeurs), conformité réglementaire (licences, assurances, certifications), capacité opérationnelle (flotte, couverture géographique, équipements spécifiques), tarification (prix compétitifs, transparence), engagement environnemental (véhicules propres, optimisation). Les gros donneurs d'ordres lancent souvent des appels d'offres comparant plusieurs transporteurs. Les plus petits s'appuient sur recommandations, plateformes numériques ou bourses de fret.
Oui, tout particulier organisant un déménagement ou expédiant des biens (vente entre particuliers, envoi colis) agit comme donneur d'ordres vis-à-vis du transporteur ou du déménageur. Les mêmes obligations s'appliquent : fournir informations exactes (poids, volume), emballer correctement, payer la prestation. Cependant, la réglementation professionnelle du Code des Transports ne s'applique pleinement qu'aux relations commerciales entre professionnels.
Le transporteur est présumé responsable de la marchandise du chargement au déchargement selon la Convention CMR. Sa responsabilité est limitée à 8,33 DTS/kg (environ 11€/kg) sauf déclaration de valeur. Le donneur d'ordres peut souscrire une assurance marchandise transportée couvrant la valeur réelle en cas de sinistre. Si la perte résulte d'informations erronées fournies par le donneur d'ordres (nature dangereuse non déclarée, emballage inadéquat), sa responsabilité peut être engagée et le transporteur exonéré.
Les donneurs d'ordres peuvent inclure dans leurs cahiers des charges des exigences environnementales, dont l'utilisation de véhicules à motorisations alternatives (électrique, GNV, biocarburant). Cette pratique se développe, surtout chez les grands distributeurs et industriels engagés dans des démarches RSE. Toutefois, les transporteurs restent libres d'accepter ou refuser ces conditions. Les coûts supérieurs des véhicules propres doivent être compensés par une tarification adaptée, sinon le modèle économique n'est pas viable pour le transporteur.
Les statistiques ne recensent pas directement les donneurs d'ordres (catégorie trop large et diverse). L'INSEE comptabilise les entreprises de transport (31 800 en 2017 pour le routier de marchandises) et les volumes transportés (296,6 milliards tonnes-kilomètres 2024). Le nombre de donneurs d'ordres suit l'évolution du tissu économique : il augmente avec la création d'entreprises (e-commerce, startups) et diminue lors de fermetures/fusions. L'externalisation croissante du transport (entreprises confiant leurs flux à des transporteurs plutôt que gérer en compte propre) multiplie les relations donneurs d'ordres-transporteurs.
Le donneur d'ordres transport occupe une position stratégique dans l'organisation des flux de marchandises. Il initie le contrat de transport, sélectionne les transporteurs, définit les conditions d'exécution et assume des responsabilités juridiques étendues. En France, avec 296,6 milliards de tonnes-kilomètres transportées en 2024 (SDES) et 47,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires généré par 31 800 entreprises de transport routier (INSEE 2017), l'interdépendance donneurs d'ordres-transporteurs structure l'économie nationale.
Les évolutions réglementaires (Paquet mobilité, ZFE, Loi Climat), technologiques (TMS, eCMR, géolocalisation) et économiques (e-commerce, pénurie conducteurs, décarbonation) transforment ce rôle. Les donneurs d'ordres doivent anticiper ces mutations, investir dans la digitalisation, construire des partenariats durables avec leurs transporteurs et intégrer les enjeux environnementaux dans leurs décisions logistiques.
La qualité de la relation donneurs d'ordres-transporteurs détermine largement la performance de la chaîne logistique. L'enquête AUTF-bp2r 2021 confirme que 83% des industriels et 72% des distributeurs considèrent cette relation comme leur premier levier d'action pour améliorer compétitivité et efficacité opérationnelle.